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Arretons la douleur

Douleurs Sans Frontières alerte l’opinion et provoque un vaste mouvement pour qu’un vote de résolution à l’Assemblée Générale des Nations Unies afin d’obtenir le droit pour les peuples, quelque soit leur condition et leur culture, à disposer des moyens propres à prendre en charge la douleur, la souffrance et les symptômes de fin de vie.

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Le Cadeau de Vanadzor à DSF

Douleurs Sans Frontières (DSF) est l’une des ONG humanitaires qui
oeuvrent sur le territoire arménien. Sa coordinatrice pour l’Arménie,
Nathalie Topakian, dresse un bilan des actions menées sur place.
L’heure est venue de s’éclipser pour DSF, car sa mission est remplie et
le relais est pris. Un modèle de réussite qui méritait le détour.
 
 
 
 
 
France-Arménie : Pouvez-vous nous présenter brièvement DSF etles raisons de sa présence en Arménie ?
   
Nathalie Topakian : DSF est une ONG française reconnue d’utilité publique, créée en 1996 par un groupe de médecins spécialistes
de la prise en charge de la douleur. Soigner la souffrance était alors une nouveauté et ne devait pas être réservé seulement à la France. Depuis lors, DSF intervient dans beaucoup de pays pour soulager la douleur physique de cancéreux, grands brûlés, malades du Sida… Ce n’est   pas le cas de l’Arménie. Là, c’est une mission très spécifique dans le paysage de DSF, puisqu’il s’agit de prise en charge de la souffrance psychologique. Tout a commencé en novembre 2001. L’UMAF (Union des médecins arméniens de
France) nous avait demandé d’intervenir dans la zone sinistrée suite au séisme de 1988. Nous avons donc débuté à Gumri avec
des permanents français psys et psychomotriciens, avec des missions plus ou moins longues de pédopsychiatres qui ont formé des
professionnels arméniens, puisque l’axe numéro un de la mission de DSF est la formation et la sensibilisation des professionnels
qui ont un lien direct avec les enfants et leur famille : pédiatres et infirmières dans les polycliniques et maternités, psychologues
et éducateurs dans les orphelinats et internats (ndlr : centres sociaux éducatifs)…
 

Votre présence en Arménie est donc liée à une véritable carence en matière de prise en charge de la douleur psychologique ?Les besoins sont partout, mais peut-être plus en Arménie qu’ailleurs, dans le sens où les conséquences psychologiques,les traumatismes suite au tremblement de terre, à la guerre du Haut-Karabagh, etc. ont des effets sur la durée. Après le séisme, l’Arménie a créé quatre centres psychologiques d’Etat. Ils ont été fermés en 2006 sur décision politique, car ce n’était plus une priorité. Pourquoi ? Parce qu’en Arménie, comme ailleurs, “la psychologie c’est bien, mais c’est du luxe”. Or il existe toujours de réels besoins. Donc oui, il y a une carence à ce niveau-là, comme dans le domaine de la formation. N’oublions pas que la psychologie clinique telle que nous l’entendons, n’est arrivée en Arménie qu’après le tremblement de terre ; c’est un phénomène nouveau. Pendant la période soviétique, elle n’avait pas vraiment droit de cité. On se limitait à l’authentification : “T’es débi le”, c’est tout. Il n’y avait aucune prise en charge par des soins thérapeutiques divers et variés, ni aucune reconnaissance de la souffrance psychologique.

Pouvez-vous nous présenter votre action à Vanadzor, où l’équipe semble désormais autonome ?

Nous avions notre propre centre à Gumri, qui nous a permis de former l’équipe de psys de Vanadzor que nous avions sélectionnés. Ce centre n’existe plus, faute de financement, tandis que Vanadzor, la troisième ville du pays, bénéficie depuis plusieurs années du soutien de la région PACA, jumelée avec celle de Lori. Gumri a fermé mais les psys ont trouvé du travail et ce qu’elles ont appris, elles le mettent en place ailleurs. Donc c’est plutôt positif. A la différence de Gumri, à Vanadzor nos psys travaillent uniquement à l’extérieur, car nous n’avons pas de centre. Les subventions qui nous sont données sont utilisées pour former et payer nos quatre psys. Elles interviennent tout d’abord dans quatre polycliniques de la ville avec vingt pédiatres et infirmières sur le programme ADBB, Alarme Détresse Bébé, que nous avons mis en place dès notre arrivée. C’est une échelle de dépistage du retrait relationnel chez le très jeune enfant de 0 à 2 ans. L’objectif est de le dépister, puis de résoudre cette difficulté avec la famille et le personnel médical. Dans ces mêmes établissements, DSF a mis en place également des groupes de parole pour les jeunes mamans et les femmes enceintes, afin qu’elles puissent exposer leurs difficultés avec des psys, pédiatres, gynécologues et infirmières. Et, bien sûr, nous avons aussi nos propres consultations dans ces polycliniques. Les parents viennent aux heures de permanence frapper à notre porte, soit spontanément soit sur conseil de leur médecin ou pédiatre. Il s’agit d’abord d’un entretien durant lequel le papa et la maman expliquent chacun leur problème avec l’enfant et, selon les cas, notre psy définit le type de prise en charge thérapeutique le mieux adapté à la situation : entretiens réguliers, psychomotricité… Puis, toujours dans ces polycliniques, comme il n’existe pas de crèches en Arménie et afin d’éviter une rupture trop brutale pour l’enfant à son entrée en maternelle, nous avons créé une activité baptisée «Petit lapin». C’est un temps et un lieu d’accueil pour parents – enfants 0-4 ans sur le modèle de la «Maison verte» de Françoise Dolto. Là, il s’agit d’un lieu de socialisation précoce, ouvert à tout le monde et sans inscription préalable. Il y a trois accueillantes (ce sont nos psys), cela se passe dans une grande salle avec des jeux – de la dînette aux tricycles –, un coin bébé avec matelas et jouets appropriés, mais aussi des chaises car l’enfant vient avec un accompagnant : sa mère, son père, sa grand-mère, la belle-mère… Et l’adulte reste tout le temps dans la même pièce que l’enfant. L’idée est qu’il y ait des échanges entre les enfants, entre les enfants et les adultes – accompagnants et accueillants –, des échanges entre les parents et des échanges entre parents et accompagnants, afin de faciliter la séparation. Cela correspond vraiment à un besoin. Pour preuve, sa fréquentation est devenue si importante que faute d’espace suffisant, les mamans se sont organisées pour qu’une délégation aille à la préfecture réclamer un autre local ! Autres lieux d’intervention pour nos psys : deux jardins d’enfants de 3 à 6 ans (ndlr : maternelles), où elles travaillent avec les institutrices, en leur apportant de nouveaux outils – comme le conte, par exemple – afin de favoriser le développement de l’enfant. Car notre but est de travailler avec tous les professionnels de l’enfance (pas uniquement ceux qui évoluent dans le domaine de la santé), afin de les sensibiliser à un regard plus aiguisé sur l’enfant. C’est une forme de prévention. Et enfin, nous intervenons dans deux institutions : l’orphelinat de Vanadzor et un internat. Dans les deux cas, nos psys participent aux réunions et travaillent avec leur collègue attachée à l’établissement comme avec les éducateurs spécialisés.
 

Quel bilan dressez-vous après huit années de présence à Vanadzor ?

Un bilan très positif. Par exemple, nos psys ne vont plus qu’une fois de temps en temps dans un des jardins d’enfants, car les instits
y sont déjà bien formées et autonomes. Même chose pour le programme ADBB dans les polycliniques, où notre présence est de moins en moins nécessaire. La transmission s’est faite, le relais est pris par les professionnels sensibilisés et formés à de nouveaux
out i ls. C’est d’autant plus une réussite que le but de DSF est de s’effacer. Nos psys le savent et elles ont créé leur propre ONG, «Nréni», afin de poursuivre le travai l. Nous sommes extrêmement contents du travail de notre équipe sur place. Elle est très dynamique, très motivée, très soudée, très impliquée et elle est devenue autonome. Ce que DSF lui apporte désormais en plus, ponctuellement et à sa demande, ce sont des formations supplémentaires de perfectionnement. Vraiment, c’est un énorme plaisir de revenir sur place et de constater les résultats surprenants de notre action à Vanadzor. Cela a été le cas en février dernier. Avec le Docteur Robin, directeur du programme Arménie, à la veille de notre retour en France et lors de notre dernière réunion avec nos psys, nous leur avons demandé de nous parler du groupe thérapeutique de psychomotricité. Et là, l’une d’elles nous expose le cas d’un enfant autiste de 5 ans, Henrik, qui ne parlait pas, qui marchait courbé tel un petit vieux, qui poussait des petits grognements, qui ne jouait pratiquement pas… Et elle nous raconte qu’au fil de la thérapie, elle a constaté des changements : il a pris un peu plus confiance en lui, s’est redressé, a prononcé quelques mots, s’est mis à jouer un peu plus… Et à notre grande surprise, elle nous explique qu’il a même fait un dessin. Il s’agissait d’un rond avec deux yeux. Henrik l’a tendu à notre psy et lui a dit “C’est toi”. C’est une évolution absolument extraordinaire en quelques mois, qui montre la qualité de leur travail, un magnifique travail. Nous ne pouvions rêver plus beau cadeau.
 
Propos recueillis par Maïté Jardin
 
Pour Soutenir l'action de DSF en Arménie ou pour plus d'informations :
http://douleurs.org/
DSF Douleurs Sans Frontières
Hôpital Lariboisière, 2 rue Ambroise Paré, 75 475 Paris Cedex 10

 

 

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