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Expérience de douleurs sans Frontières en Arménie

Premier peuple converti au Christianisme, et premier état Chrétien, doté d’un alphabet propre (Mesrop Mashtots), détaché des églises Byzantines et Romaines dès le Véme siècle, les Arméniens vivent aujourd’hui en majorité en Diaspora.

Un alphabet et une langue propre, une Eglise constitue vraisemblablement des repères identitaires susceptibles de résister à une longue histoire d’invasion d’assujettissements et de violences dont le génocide de 1915.

Les bouleversements géopolitiques et économiques conduisent à l’indépendance de la république d’Arménie trois ans à peine après le tremblement de terre de décembre 1988 détruisant à 80% la deuxième ville du pays Leninakan aujourd’hui Gumri.

« Deux grandes catastrophes dans le même siècle pour un si petit pays » déclare une grand’mère peu après le tremblement de terre… « C’est beaucoup… ».

 

 

L’histoire dit que les personnes qui avaient reçu les premiers secours lors du tremblement de terre revenaient systématiquement revoir les médecins ou les infirmières. Ils n’avaient plus besoin de soins somatiques, mais il revenait raconter et raconter encore…leur expérience traumatique.

C’est ainsi que serait née la « psychiatrie humanitaire »…parallèlement à la formalisation du concept de syndrome post traumatique. Les effets sur le développement de ce syndrome donneront lieu dans un second temps à de nombreuses et remarquables actions d’aide et de soutien psychologique.

 

Le programme de prise en charge de la souffrance des enfants et de leur famille engagé par Douleurs Sans Frontières s’inscrit dans cette histoire scientifique et de solidarité humaine à partir des liens tissés entre les professionnels pendant ces périodes à forte densité émotionnelle.

DSF est une ONG reconnue d’utilité publique luttant contre la douleur et la souffrance dans le monde. Elle s’oriente surtout vers des actions de formation

En Arménie l’essentiel du travail est réalisé par des psychologues arméniennes ; le travail avec les expatriés Français nécessitant la présence de traducteurs. Travail de transmission de connaissances dans un esprit de compagnonnage qu’à rendu possible l’ouverture d’un centre médico-psychologique « ArAgAtz Anna ». En effet, en Arménie, l’organisation des institutions pour enfants a rendu difficile la sensibilisation des personnels à la prise en compte des manifestations de souffrance des enfants.

L’héritage des modes d’organisation collective de la période soviétique où le poids des hiérarchies de subordination interdisait la circulation de la parole et l’expression des éprouvés des personnels, ravalant les échanges de la vie quotidienne à une succession d’actes opératoires.

 

Comme la douleur, la représentation d’un bébé en interaction psychique, les manifestations de souffrance et de dépression chez un jeune enfant restent souvent ignorées ou banalisées.

 

Les projets se sont orientés vers le repérage des souffrances précoces et la diversification de la prise en charge ambulatoire du jeune enfant et de sa famille, à partir du centre AA pensé comme lieu de référence pratique (consultations et stages) et théorique.

- Pratique, par le développement de modalités d’accueil et de prise en charge et la notion de travail en réseau, notamment avec les « polycliniques » ;

- Théorique par la tenue de séminaires de supervision, d’analyse de cas en groupe et en individuel.

 

L’introduction de la psychomotricité permet d’utiliser le langage du corps comme médiation.

 

Le conte comme pratique sociale inscrite au cœur de la culture d’un peuple valorise l’imaginaire et met en résonnance les scénarios du monde interne des enfants avec les représentations culturelles du monde dans lequel ils grandissent.

 

Le développement des structures d’accueil parents enfants, dans le prolongement de la pensée de Françoise Dolto permet de travailler les angoisses de séparation, favorisant la socialisation.

 

L’introduction de la méthode ADBB (Alarme Détresse BéBé) mise au point par le Professeur Antoine Guedeney a permis

- de faire émerger la notion même de l’existence d’un appareil psychique chez le bébé en interaction dès sa naissance.

- de sensibiliser les personnels arméniens à l’existence d’une possible souffrance psychique du bébé et les former au repérage des manifestations de celle ci.

- d’impulser de nouvelles collaborations et synergies entre médical et psychologique.

 

Un programme DPN (dépression post natale) qui complète la sensibilisation aux souffrances précoces souvent en rapport avec une détresse psychologique maternelle.

 

La culture donne à ses données universelles en tant qu’inscrites dans la « nature humaine » une coloration où la place de la tradition et des conditions de vie socio-économique est très prégnante, s’opposant à un discours de la modernité et de la science, questionnant la place des personnels.

 

 

Dr Gérard Robin

Responsable de la mission

 

Article écrit pour le congrés pédiatrie

Juin 2009,à Toulouse

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