
DOULEURS SANS FRONTIERES REAGIT…..
AIDEZ NOUS A AMPLIFIER NOTRE ACTION SUR LE
TERRAIN.
BILAN DE LA MISSION D’EVALUATION DE DSF .
L’évaluation faite dans les différents hôpitaux de Port-au-Prince et les camps improvisés où se sont réfugiés de nombreux haïtiens à permis de relever un nombre important de personnes présentant des douleurs aigues qui vont se chroniciser avec des répercussions bio-psycho-sociales. Les douleurs chroniques neuropathiques en rapport avec des compressions nerveuses périphériques ou centrales, les douleurs des amputés empêchant la mise en place de prothèse, les douleurs ostéo-articulaires des fractures fermées qui n’ont pas été traitées car non urgentes, les algodystrophies et causalgies sont très nombreuses.
Un grand nombre d’Haïtiens présentent un état de stress aigu avec un risque d’évolution vers un état de stress post-traumatique (PTSD) et des états de sidération / obnubilation. Les circonstances de ce séisme risquent d’engendrer également des désordres psychiques particuliers. En effet, le séisme est arrivée à l’heure de la sortie des bureaux, ainsi, il y a une forte proportion de familles qui ont été atteintes de manière partielle (un parent, une partie de la fratrie…) ce qui expose cette population à la survenue de deuils compliqués voir impossibles (lorsque le corps du défunt n’a pu être retrouvé). Il a été également relevé un fort sentiment de désespoir du fait de la destruction des principaux outils de travail et d’enseignement (il ne reste que 5% des écoles à Port-au-Prince, la plupart des Facultés ont été détruites comme de nombreux lieux de travail) exposant la population à un risque dépressif sévère et ainsi qu’à une consommation accrue de toxiques.
Concernant les moyens disponibles sur place, il n’y a pas de médecins de la douleur et il y aurait moins de dix psychiatres, pas de pédopsychiatre, et environ dix psychologues (avec un cursus validé) pour tout l’état d’Haïti. En ce qui concerne le volet psychique, l’hôpital psychiatrique de Port-au-Prince a été partiellement touché par le séisme et été déjà au préalable dans un état insalubre. Il a une capacité de 25 lits pour femmes et 45 pour hommes, il accueille en moyenne 100 patients en hospitalisation. Les praticiens exerçant ne sont pas en nombre suffisant, et n’ont que très peu de médicament à leur disposition. Les locaux ne sont pas adaptés. Il n’y a pas de structure de soins externe en Haïti. Il existe un autre hôpital Psychiatrique à Haïti, mais, il ne serait pas fonctionnel.
Extrait du rapport de mission Haïti, de Mr Alain Serrie, Président de DSF
Et de Mr Antoine Langlois psychiatre

MESSAGE ALAIN SERRIE le 25/01/10
- 3 équipes (membres de DSF) travaillent en ce moment.
- Dr Jean Marie Farnos (anesthésiste réanimateur) à la clinique Lambert de Péthionville.
- Les docteurs Antoine Langlois (psychiatre) et Alain Serrie (anesthésiste réanimateur)travaillent à la clinique Hôpital du Sacré Coeur (DDTI)
- le docteur Philippe Cléophat, néphrologue à Valence, il traite les patients amputés ou victimes d’écrasement qui présentent un crush syndrome (du à la décompression, conséquences gravissimes sur les fonctions vitales).
Il travaille DANS DES CONDITIONS DIFFICILES avec 6 reins artificiels, ce qui est insuffisant.
Il en faudrait au minimum deux de plus.
Une équipe de 2 infirmiers spécialisés dans les catastrophes naturelles arrivent mardi et travailleront dans les camps.
Les blessés sont très très nombreux, on compte parmi eux un nombre impressionnant d’amputés.
DU JAMAIS VU
Le centre ville est un gigantesque camp de réfugiés, les conditions d’hygiène y sont déplorables.
On travaille dehors, les lits sont à l’extérieur.
Les patients dorment dans la cour.
Les hôpitaux manquent de tout et il y a 3511291 personnes déplacées dans des camps au 17 janvier.
Les patients opérés ou ceux amputés ou fracturés n’ont aucun antalgique.
Beaucoup d’habitants errent en état de sidération .
Les gens dorment dans la rue à même le sol, devant leur maison détruite, quasiment tous ont perdu un membre de leur famille.
Encore beaucoup de cadavres sous les ruines et aucun moyen de levage, les conditions de vie sont déplorables, l’électricité, l’eau arrivent au compte goutte;
Il faut envoyer des équipes, on a besoin d’argent pour acheter du matériel, des médicaments.
AIDEZ NOUS… AIDEZ LES…
MESSAGE DU 28/01/10
Cet après midi vers 16 h en revenant de l’hôpital Diquini ou il y a eu plus de 45 amputations et il n’y a pas de morphine……………
Les interventions ont lieu dehors et les patients restent sous les tentes.
En se rendant dans les camps de réfugiés de « Carrefour Feuille » nous nous arrêtons (Dr A Langlois, Dr Philippe Cléophat Haïtien et moi) devant une cinquantaine de haïtiens dont une vingtaine sur les décombres d’une maison à coté de l’université Saint Gérard.
Nous pensons à des pillards, mais cela ne ressemblait pas aux pillages habituels. Je demande à Philippe Cléophat de voir ce qui se passe, la réponse : il y a quelqu’un de vivant sous les décombres. Nous allons voir. Une jeune fille de 16 ans est coincée, elle est à 2 ou 3 mètres en dessous une plaque de tôle et une dalle de béton derrière une sorte de minuscule couloir qui tourne sur la droite. Elle s’appelle Darlène et demande à ce que l’on prévienne sa famille.
Cinq ou six haïtiens essaie de déblayer à coup de massue.
L’atmosphère est tendue.
Ils sont nombreux sur les gravats.
J’appelle Lorenso Schiavi à l’ambassade sur son portable en lui demandant l’intervention de la protection civile et les pompiers. Au début il ne pensait pas qu’elle était vivante, en lui affirmant qu’elle l’était, je l’ai entendu dire :
« P—–, Alain, je raccroche et je fais le nécessaire »
Les secours sont arrivés vite. Ils ont sécurisé l’endroit
Le colonel des pompiers Fulla entre dans le trou avec ses hommes. Ils ressortent vers 18 heures avec Darlène très faible mais vivante prés de 2 semaines après le séisme.
On a feté ce sauvetage le soir avec une bière.