De Samedi à Dimanche, de Paris à Maputo, de 0 à 40 degrés, du français au portugais, d’un monde à un autre….Le Mozambique…..
Dimanche 15 février,
Nous venons d’arriver avec Sophie, médecin responsable du programme, sur le tarmac de l’aéroport de Maputo. Aprés les nouveaux terminaux de Roissy et de l’aéroport de Johannesburg où la hauteur vertigineuse des escalators surprend, où le luxe des boutiques s’affichent dans ces espaces futuristes de connexion entre des mondes….nous arrivons sur l’aéroport de Maputo qui reste le même que celui que j’ai découvert l’hiver 1996. Si la chaleur nous assomme, les bruits, les sourires, l’attente du visa , le chant du portugais mozambicain nous animent.
Nous rencontrons alors l’équipe et partons chercher l’ombre pour une première discussion, connaître les dernières nouvelles, s’imprégner de l’ambiance : une nouvelle forêt vient d’être découverte au Nord du pays par une équipe de chercheurs mozambicains et européens; Rika, qui est avec nous, a fait partie de l’expédition et nous raconte son épopée avec les chercheurs anglais arrivés sans bagages, les heures de marche au milieu d’arbres gigantesques, les nouvelles espèces animales et végétales découvertes, dans cette forêt de Niassa que l’homme n’avait encore jamais explorée!
Puis on évoque la vie au quotidien, l’insécurité latente, le souci du lendemain, les réformes politiques en cours, l’échéance des prochaines élections. Bref, une introduction générale sur le Mozambique qui donne à la fois le ton et du sens à notre engagement commun, à une vision du développement partagée…. avant que la fatigue accumulée du voyage ne l’emporte.
Lundi 16 février
6 heures du matin : un premier café en terrasse pour démarrer la journée, goûter la fraicheur et le calme de la capitale. Nous partons ensuite avec Jorge, le directeur de programme, à Chokwé, petite ville de la province de Gaza, à 3 heures de route de Maputo. La route est belle, les couleurs verdoyantes ; les femmes et les enfants sont à pied d’oeuvre, portant des bidons d’eau le long de la route… Me reviennent alors ces images du Mozambique gravée dans ma mémoire, d’enfants pleurant tant la charge est lourde, tant l’eau est loin, tant elle est rare et précieuse… On est bien au Mozambique, la vie est dure et fragile.
Nous arrivons alors au bureau de Chokwé où l’équipe est réunie.
Si l’équipe a connu de grandes difficultés cette année, nous sentons que la confiance et la motivation ont repris le dessus. Un nouveau coordinateur, Romuald, est en poste depuis le mois d’octobre; une nouvelle psychologue, Marilia, vient aussi d’intégrer l’équipe composée e de 25 personnes dont certaines accompagnent les activités depuis 2001. La mémoire et l’expérience construites durant ces années donnent au programme un ancrage solide dans cette province, tant avec les partenaires institutionnels que les communautés.
La discussion avec l’équipe porte sur l’approche développée pour renforcer le lien entre les soins à domicile et l’apui psycho social, dans un souci de pérennité et de qualité. Sont alors abordées les questions du partenariat avec le Ministère de la Santé, puis les questions plus éthiques de l’approche centrée sur les patients. Les témoignages de l’équipe illustrent les relations qu’ils développent avec les personnes et les enfants malades, les difficultés qu’ils rencontrent dans une région où les gens n’ont pas de quoi se nourrir chaque jour et où les postes de santé sont éloignés, voire inaccessibles.
La question de l’intégration des malades, des orphelins dans leurs communautés est complexe ( le taux de prévalence du HIV-SIDA au Mozambique est de 16 %. Cette situaton fait que de nombreux enfants perdent leurs parents et se retrouvent chefs de famille.)
Si ces échanges nous projettent dans un Mozambique où la prauvreté et la maladie excluent, ils nous montre aussi l’énergie que mettent les Mozambicains pour construire un monde plus juste et plus humain en soutenant les patients, en les écoutant, en les respectant, et en les conseillant. Au Mozambique le programme de Douleurs sans Frontières soutient un important réseau de volontaires (prés de 300 personnes) formés aux soins à domicile et à l’appui psychosocial; ces volontaires sont majoritairement des femmes qui, aprés les taches journalières de l’eau et de la “machamba” ( l’agriculture) assurent les activités de soins à domicile et l’appui psycho-social pour lesquelles elles sont formées et accompagnées en partenariat avec la ministère de la santé.
Nous visitons ensuite les activités du programme : les deux “CRIC” centres de réhabilitation infantiles de Chokwé et de Chibuto; les éducateurs nous parlent des activités du centre, les enfants nous lancent un ballon ou un regard plein de curiosité.
Sur la route du retour, nous visitons à Nhacuste un poste de santé dont la réhabilitation est financée par DSF. Le responsable, technicien de santé, nous accueille et nous fait visiter le chantier; il lui tarde d’intégrer son nouveau lieu de travail car les conditions actuelles sont trop difficiles! Il tient à nous montrer la case dans laquelle il assure actuellement les consultations : un sol en terre battue, des fenêtres en lambeaux, une chaise et un cahier de consultation sur une table bancale, du matériel médical à même le sol, pas d’eau, on imagine qu’il pleut à l’intérieur durant la saison des pluies. Heureux de recevoir une visite, cet homme est touchant et exprime son désarroi de devoir recevoir ainsi les patients; on comprend qu’il perd sa légitimité et le gout de son travail à consulter dans de telles conditions.
La nuit va tomber, nous repartons sur Maputo; nous devons y retrouver le lendemain l’équipe pour évaluer et planifier les actions du programme. Les images et les paroles absorbées ce premier jour contribueront alors largement à nourrir notre refléxion et nos échanges.
Frédérique Bordet, coordinatrice de programme.





