Douleurs Sans Frontières

5 ooo signatures contre la douleur

18 juillet 2009 - Presse

La Croix - 18 mai 2009

Depuis l’an dernier, à l’initiative de Douleurs sans frontières, une pétition circule pour faire de la prise en charge de la douleur un droit fondamental de l’homme

La pétition lancée en octobre 2008 par Douleurs sans frontières (DSP) a recueilli à ce jour quelque 5000 signatures. «On aimerait arriver à 20000», explique le docteur Alain Serrie (1), responsable de la consultation antidouleur de l’hôpital Lariboisière, à Paris, et président de DSR II s’agit de soutenir un projet de résolution sur. la douleur que l’association et le gouvernement souhaitent soumettre à l’Assemblée générale des Nations unies ou de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce texte vise à inscrire la prise en charge de la douleur au titre des droits fondamentaux et à se donner les moyens de la promouvoir partout dans le monde. Parmi les signataires de la pétition, on retrouve, pour le gouvernement, Bernard Kouchner et Roselyne Bachelot, et pour la société civile, une pléiade de grands noms de la médecine, ainsi que des personnalités du monde de l’art et de la culture : Claude Allègre, Jacques Attali, Guy Bedes, Enki Bilal, Yann Queffelec, Michel Serres, Hélène Carrère d’Encausse, etc.

«La douleur a des répercussions sur l’ensemble de la vie de l’individu, ainsi que sur son entourage.»

L’idée, on la doit à Alain Serrie: «Pendant des années, on a présente la lutte contre la douleur comme une priorité de santé publique. Je pense qu’on a eu tort. Le problème va bien au-delà. ll s’agit d’un véritable enjeu de société. Car la douleur, quand elle devient chronique, a des répercussions sur l’ensemble de la vie de l’individu, ainsi que sur son entourage. » Ce spécialiste ne parle pas de la douleur ordinaire, mais de celle qui survient après une opération, un traitement (radiothérapie), une amputation (douleurs des «membres fantômes»), un problème neurologique (algies vasculaires de la face)… et la liste est longue. Cette douleur va se muer en véritable maladie évoluant pour son propre compte, et qui peut durer toute la vie. En font aussi partie les douleurs causées par les situations de guerre, de famine, ou par les catastrophes naturelles, avec leur cortège de stress posttraumatique et des pathologies psychiatriques plus ou moins graves. «La personne ne peut plus travailler, se déplacer, réfléchir. Elle se retrouve progressivement exclue de la société.» Aliénée à son mal, en quelque sorte.

Ces douleurs-là deviennent sources de handicaps, d’invalidité, d’altérations majeures de la qualité de vie. Certaines peuvent même conduire à la mort : «Dans certains pays, en l’absence d’antalgiques, on ne change pas les pansements des grands brûlés, explique Alain Serrie, car cela occasionne des souffrances intolérables. Il s’ensuit des septicémies. Dans le centre des brûlés de Luanda, en Angola, la moitié des patients décèdent ainsi.»

Le criLe cri. Le projet de résolution tend à la prise en charge de la douleur dans ses aspects physiques et psychologiques.

Ce sont ces douleurs rebelles, avec leurs répercussions sociales, économiques, professionnelles, affectives, etc., que vise le projet de résolution, avec quatre considérants principaux: «la lutte contre la douleur, et notamment le droit aux soins de support et aux soins palliatifs, concerne tous les êtres humains de façon universelle»; «l’aliénation liée aux conséquences de la douleur prive chaque individu du droit inaliénable de circuler librement,  de la liberté de penser, de conscience, d’opinion et d’expression» (article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme) ; «la douleur peut être si invalidante qu’elle interdit ou empêche toutes activités (…) pour celui qui souffre»; «le malade n’est pas l’unique victime, son entourage devient victime objective de la douleur, que ce soit la famille, l’entreprise ou le système de santé». La résolution invite par conséquent les États membres «à faire en sorte que le droit aux soins intègre l’obligation de prendre en charge, de supprimer ou de soulager la souffrance par tous les moyens connus». Et demande la mise en place d’un comité d’experts chargé de dresser un état des lieux de la situation pays par pays.

«Le malade n’est pas l’unique victime, son entourage devient victime objective de la douleur.»

Comme pour toutes les résolutions, la portée d’un tel texte sera essentiellement symbolique. «Mais cela peut être le point de départ de quelque chose qui, un jour, débouche sur un instrument normatif», explique Michel Doucin, ambassadeur chargé de la bioéthique au ministère des affaires étrangères. En attendant, les initiateurs du projet estiment qu’il doit pouvoir être largement fédérateur. Sadek Beloucif, anesthésiste-réanimateur, membre du Comité consultatif national d’éthique et rapporteur d’un avis sur le dialogue Nord-Sud, est du même avis : «La douleur est un sujet apolitique, au-delà des partis. Lorsqu’on cherche ce qui esta peu près unanimement condamné, on trouve le fait d’infliger des douleurs à autrui.» Reste qu’une telle démarche est longue. Alain Serrie aimerait la voir aboutir pour le 20e anniversaire de la Convention des droits de l’enfant, en novembre prochain.

Marianne Gomez

(1) Alain Semé a publié, fin 2008, Vaincre la douleur, Éd Michel Lafon, 308p., 19 €

«Résolution»

Emprunté au latin resolutio, action de dénouer, désagrégation, décomposition d’un tout, et signifiant «relâchement» en médecine: l’idée est donc celle d’une dissociation, d’une dissolution ou d’une transformation. Celle-ci peut être physique, concrète, ou plus abstraite : action de faire aboutir une chose à une autre. On « résout » une difficulté, un problème. Au figuré, le terme désigne une attitude morale personnelle: l’action de prendre, après réflexion, une décision, une détermination. Il est employé dans le même sens dans le cadre du droit. La résolution désigne par exemple l’acte émanant d’une conférence ou d’un organe d’une ONG. Sa portée juridique est variable. Ainsi, une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies est un texte ayant une valeur juridique contraignante, contrairement à une résolution de l’Assemblée générale.

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Un commentaire pour “5 ooo signatures contre la douleur”

  1. kucab dit :

    Je ne remercierai jamais du plus profond de mon coeur le DOCTEUR Alain SERRIE qui me soigne pour des douleurs post-zona ophtalmiques depuis 4 ansavec des patchs àbase de Lidocaine,ce qui me soulage beaucoup.Je peux mener depuis une vie quasi-normale.Non seulement il faut signer la Résolution mais aussi apporter sa contribution financiére-meme modeste- à l’action du DOCTEUR Alain SERRIE.Merci à TOUS.

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